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Le salarié au volant : obligations et conséquences en droit du travail

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Laetitia Lunardelli-Lentin
9 min de lecture
salarié qui conduit sa voiture de fonction

La détention d’un permis de conduire en cours de validité constitue une condition essentielle pour tout salarié amené à conduire un véhicule dans le cadre de son activité professionnelle. Cette exigence, qui ne relève pas seulement du bon sens mais d’une véritable obligation légale, est notamment encadrée par les articles L. 221-2 et R. 221-1 du Code de la route.

Permis de conduire et embauche du salarié

Ce que l’employeur peut demander

Lors de l’embauche, l’employeur est en droit d’interroger le candidat sur la détention d’un permis de conduire valide, dès lors que les fonctions proposées impliquent la conduite d’un véhicule. Cette vérification participe à la sécurisation de la relation de travail dès son origine. Il peut également exiger la présentation de l’original du permis, démarche vivement recommandée, et s’assurer que celui-ci est adapté au véhicule utilisé dans le cadre des missions confiées. En revanche, il lui est strictement interdit de demander au candidat le nombre de points dont il dispose, sauf dans le cas particulier du transport public routier. Le candidat, pour sa part, est tenu de répondre avec loyauté ; toute dissimulation ou fausse déclaration peut constituer une faute susceptible de justifier un licenciement.

Recrutement sans permis : quelles précautions ?

Il arrive que l’employeur choisisse de recruter un salarié ne disposant pas encore du permis requis pour le poste. Une telle situation demeure possible, à condition d’être anticipée et encadrée. L’employeur peut ainsi décider de prendre en charge le coût de la formation, éventuellement assortie d’une clause de dédit-formation si les conditions le permettent. À défaut, il peut être opportun de prévoir contractuellement l’obligation pour le salarié d’obtenir son permis dans un délai déterminé.

Permis de conduire en cours de contrat de travail

Obligations du salarié

Au cours de l’exécution du contrat, la détention du permis ne saurait être considérée comme acquise une fois pour toutes. Lorsque le poste l’exige, l’employeur peut légitimement demander au salarié de justifier, de manière périodique, de la validité de son permis. Corrélativement, le salarié est tenu d’informer sans délai son employeur de toute mesure susceptible d’en affecter la validité, qu’il s’agisse d’une suspension, d’un retrait ou de toute autre restriction. L’insertion d’une clause spécifique dans le contrat de travail apparaît à cet égard particulièrement recommandée.

Suspension ou retrait du permis : quelles conséquences ?

Infraction pendant le temps de travail

Lorsque l’infraction intervient pendant le temps de travail, un licenciement disciplinaire peut être envisagé, la qualification de la faute dépendant de la gravité des faits. Il convient toutefois de tenir compte des circonstances propres à chaque situation, le salarié pouvant, le cas échéant, faire valoir des éléments atténuants.

Infraction dans la vie personnelle

En principe, une infraction commise dans la sphère personnelle ne peut donner lieu à une sanction disciplinaire, même si le poste occupé nécessite la détention du permis. Toutefois, si cette situation entraîne un trouble objectif dans le fonctionnement de l’entreprise et rend impossible l’exécution du contrat de travail, l’employeur peut envisager un licenciement pour motif non disciplinaire. Une attention particulière doit alors être portée à la rédaction de la lettre de licenciement, qui devra faire état de la perturbation occasionnée ainsi que de l’impossibilité pour le salarié d’exécuter ses obligations. À titre exceptionnel, un licenciement disciplinaire peut être admis si un lien avec la vie professionnelle est caractérisé et si la mesure affectant le permis empêche concrètement l’exécution du travail.

Préavis et rupture du contrat

Préavis

En cas de rupture du contrat, l’employeur n’est pas tenu de verser une indemnité compensatrice de préavis lorsque le salarié se trouve dans l’impossibilité d’exécuter celui-ci du fait du retrait de son permis.

Clauses interdites

Les clauses prévoyant une rupture automatique du contrat de travail en cas de suspension, de retrait ou de rétention du permis sont illicites.

Alternatives au licenciement

Le licenciement ne constitue pas une issue inévitable. Des solutions alternatives peuvent être envisagées, telles qu’une affectation temporaire à un autre poste, l’organisation du travail en binôme ou encore la suspension du contrat de travail, notamment par le biais de congés payés ou sans solde.

Cas particulier : saisie du véhicule personnel

Lorsque le salarié utilise son véhicule personnel pour l’exercice de ses fonctions et que celui-ci fait l’objet d’une saisie, l’employeur peut suspendre le contrat de travail afin de laisser au salarié le temps de se procurer un nouveau véhicule. Durant cette période, la rémunération n’est pas due. Si la situation perdure, un licenciement pour manquement aux obligations contractuelles peut être envisagé.

Responsabilisation du salarié

Informer et former

L’employeur est tenu, au titre de son obligation de sécurité, d’informer et de former les salariés aux risques liés à la conduite. Cela implique notamment la diffusion d’informations relatives à la sécurité et à la santé, la mise en place de formations pratiques adaptées, la prévention du risque routier, ainsi que l’intégration de ces enjeux dans le règlement intérieur et, le cas échéant, dans une charte interne.

Sanctionner

L’employeur peut exercer son pouvoir disciplinaire dans le respect des principes de justification, de proportionnalité et des délais applicables.

Primes et responsabilité financière

Primes de non-accident

Certaines entreprises mettent en place des primes dites de non-accident afin d’encourager les comportements responsables. Si de telles pratiques sont admises, leur suppression ne doit toutefois pas constituer une sanction pécuniaire déguisée.

Responsabilité pécuniaire

La responsabilité financière du salarié ne peut être engagée qu’en cas de faute lourde. Il est en outre interdit d’opérer des retenues sur salaire pour le remboursement de contraventions ou de dommages. L’employeur conserve néanmoins la possibilité d’agir en justice afin d’obtenir réparation du préjudice subi.

Focus sur les véhicules professionnels

Véhicule de service

Le véhicule de service est destiné à un usage strictement professionnel et peut donner lieu à différentes modalités d’utilisation, notamment en ce qui concerne sa restitution ou son usage pour les trajets domicile-travail. La possibilité d’un remisage à domicile peut être prévue, à condition d’être formalisée par écrit.

Véhicule de fonction

Le véhicule de fonction se caractérise par une mise à disposition permanente et la possibilité d’un usage à titre privé. Dans ce cadre, il appartient à l’employeur de démontrer qu’il prend exclusivement en charge les frais professionnels, sans participation aux coûts liés à l’usage personnel.

Clauses relatives aux véhicules : bonnes pratiques

Il est recommandé d’intégrer des clauses de réversibilité permettant à l’employeur de modifier ou de supprimer cet avantage, de préciser le caractère non contractuel de la mise à disposition et de prévoir les conditions de restitution, notamment en cas de suspension du contrat de travail. À défaut de telles précautions, toute modification pourrait s’avérer juridiquement risquée.

Conclusion

La gestion du permis de conduire du salarié constitue un enjeu central pour les entreprises, à la croisée des obligations légales, de la sécurité et de l’organisation du travail. Une rédaction soignée des contrats, une anticipation des situations à risque et une politique de prévention adaptée apparaissent indispensables pour sécuriser durablement la relation de travail.